Forêts d’algues—Un jardin sous‑marin en péril

Les défenseurs prennent les initiatives de « seaforestation » en main

2026-04
Forêts d’algues—Un jardin sous‑marin en péril

Nourrir les fruits de mer pour les faire croître

Le projet « Chiix̱uu Tll iinasdll : Nourrir les fruits de mer pour les faire croître », mené de 2017 à 2021, visait à restaurer une zone de forêt d’algues à Gwaii Haanas en récoltant des oursins afin de rééquilibrer la chaîne alimentaire locale. Les loutres de mer étaient autrefois d’importants prédateurs d’oursins avant leur extinction locale due au commerce de fourrure maritime aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles.

Sans prédation, les oursins sont devenus hyperabondants, sur‑grazant les algues, ressource culturelle majeure pour la Nation Haida et composante essentielle de la biodiversité et de l’environnement mondiaux.

Les forêts d’algues poussent le long des côtes du monde entier et offrent nourriture et abri à une multitude d’organismes sous‑marins. À l’instar des forêts terrestres, leur photosynthèse absorbe le dioxyde de carbone, l’azote et le phosphore tout en libérant de l’oxygène — un processus crucial pour ralentir le réchauffement climatique.

Mais la Nation Haida n’est pas la seule à faire face à la perte d’algues. Plus de la moitié des forêts d’algues mondiales ont décliné au cours des 50 dernières années, mettant en danger la biodiversité côtière, la qualité de l’eau et les stocks de carbone atmosphérique.

Un problème négligé

Les jardins sous‑marins disparaissent à un rythme alarmant à cause de la destruction d’habitats, de la surpêche, du sur‑grazage et de la pollution. D’autres menaces incluent le changement climatique et la sédimentation provoquée par le ruissellement lié à la déforestation, au dragage ou aux tempêtes. Bien que la conservation des océans existe depuis des décennies, la protection et la restauration des forêts d’algues restent relativement récentes.

Un article de 2021 publié dans Frontiers in Marine Science a mesuré l’invisibilité des forêts d’algues dans la gouvernance environnementale internationale. Les chercheurs ont constaté que pour chaque mention des forêts d’algues, les prairies sous‑marines étaient citées sept fois, les marais salants 20 fois, les récifs coralliens 38 fois, et les mangroves 43 fois.

Un appel mondial à l’action

En 2023, la Kelp Forest Alliance a lancé le Kelp Forest Challenge, un mouvement mondial invitant individus, entreprises et gouvernements à restaurer 1 million d’hectares et à protéger 3 millions d’hectares d’habitats d’algues d’ici 2040.

Les mesures de restauration débutent par l’identification des causes du déclin. Contrôler les populations d’oursins ou assainir les eaux polluées et la sédimentation peut aider à conserver les algues menacées, tandis que le semis ou la transplantation de jeunes algues favorise la création de nouvelles forêts.

Si le Japon et la Corée ont une longue histoire d’efforts de restauration, et que des régions comme la Californie et l’État de Washington élaborent des cadres de conservation, le Kelp Forest Challenge reste à ce jour la seule initiative de conservation d’envergure internationale.

Un système interconnecté

Dans les îles Haida Gwaii, l’éthique et les valeurs de la Nation Haida guident leurs actions. Gina ‘waadluxan gud ad kwaagid, qui signifie « interconnexion », rappelle que tout dépend de tout le reste — une leçon sur la fragilité et la vulnérabilité de la biosphère.

 

par Alexa Everett